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Année 81, no 24      le 19 juin 2017

 

Le SWP dénonce les attaques contre les droits politiques dans l’État de Washington

 
MARY MARTIN
OLYMPIA, Washington — Les membres et les partisans du Parti socialiste des travailleurs se sont rendus sur le campus de l’université Evergreen State College le 3 juin alors qu’elle ouvrait de nouveau ses portes après les avoir fermées en raison de menaces de violence. L’université a été le théâtre de manifestations et d’un débat houleux.

Au cur de ce débat se trouve une activité organisée au mois de mars appelée : « Jour d’absence. » Les Noirs et d’autres étudiants et professeurs de couleur ont organisé depuis plusieurs années une journée pour se rencontrer hors campus, se basant sur une pièce de Douglas Turner Ward dans laquelle les résidents noirs d’une ville du Sud s’abstiennent de sortir un matin afin de démontrer leur valeur. Cependant, cette année ils ont décidé de renverser l’« absence », en déclarant dans le journal étudiant : « Les étudiants, le personnel et le corps enseignant blancs seront invités à quitter le campus pour les activités de la journée. » Inciter tous les Caucasiens à partir pour une journée est justifié, ont-ils ajouté, « à la suite des élections 2016. »

Bret Weinstein a protesté. Il est professeur de biologie et un « progressiste » depuis longtemps, qui a appuyé Bernie Sanders, s’est joint aux manifestations de Occupons Wall Street et, lorsqu’il était étudiant à l’Université de Pennsylvanie, a dénoncé le comportement raciste des fraternités du campus. L’« invitation » était un acte d’intimidation morale, a-t-il souligné dans une lettre au directeur des First Peoples Multicultural Advising Services (Services-conseils multiculturels des Premières Nations) de l’établissement : une personne blanche qui resterait sur le campus s’exposerait à être traitée de raciste.

Autour de 50 étudiants ont affronté Bret Weinstein dans sa salle de classe, en criant et l’insultant, le traitant de raciste et exigeant qu’il démissionne. La police de l’université a conseillé à Weinstein de se retirer du campus pour sa propre sécurité. Il a donné son cours hors campus et a accordé des entretiens aux médias.

Des photographies de Weinstein et de ses étudiants ont été diffusées en ligne et des graffitis « Congédiez Bret » sont apparus sur les bâtiments du campus. Voilà qui en dit long sur le campus en tant qu’« espace sécuritaire. »

Le président d’Evergreen Georges Bridges a appelé les intimidations par les étudiants de « courageuses » et il a précisé qu’aucune action disciplinaire ne serait imposée contre aucun d’entre eux.

Plus de 50 professeurs et plus d’une dizaine de membres du personnel ont distribué une lettre dans laquelle ils affirment que « Bret Weinstein a mis en danger le corps des enseignants, le personnel et les étudiants, en faisant d’eux la cible de la réaction anti-suprémaciste blanche » et demandent qu’il soit sanctionné.

Gênés par les menaces de violence

En discutant avec les étudiants, nous nous sommes rendu compte qu’un bon nombre d’entre eux se sentaient gênés non seulement par les menaces de violence qui ont occasionné la fermeture de l’université pour quelques jours, mais aussi par le race-baiting et le ton menaçant des manifestations qui visaient Bret Weinstein et d’autres travailleurs et membres du personnel caucasiens.

Nous avons soulevé avec chacun d’entre eux que dans les campus de Berkeley, Middlebury et autres, nous voyons des exemples d’attaques contre le droit de libre expression sous couvert de « rectitude politique, » qui devient l’enveloppe de politiques identitaires qui excluent tout autre facteur et de menaces et actes de violence contre les partisans de Donald Trump.

Cela représente un danger pour la classe ouvrière. Les libéraux ont toujours été les premiers à lutter contre les droits des travailleurs et ensuite, lorsque les dirigeants capitalistes le jugent nécessaire, ils libèrent les brutes de l’extrême-droite pour pousser leur assaut contre les travailleurs jusqu’au bout.

« J’ai eu un cours avec le professeur Weinstein et je considère qu’il était un très bon professeur et certainement pas raciste, » a affirmé une étudiante spécialisée dans les communications, qui ne voulait pas nous donner son nom. « En même temps, en tant que caucasienne, je ne pense pas avoir le droit de commenter les problèmes de race. »

Je lui ai dit qu’une partie de ma campagne en tant que candidat du SWP pour la mairie de Seattle est d’expliquer la nécessité d’unifier la classe ouvrière pour lutter contre les divisions de loups qui se battent entre eux que les dirigeants capitalistes nous imposent, y compris en nous divisant sur des lignes de races, en dressant les immigrants contre ceux qui sont nés dans le pays et en provoquant le carnage que nous vivons avec la crise de leur système capitaliste.

« Le mouvement pour les droits des Noirs dans ce pays a attiré des millions de travailleurs qui n’étaient pas Américains africains et qui se sont joints aux puissantes batailles qui ont renversé la ségrégation de Jim Crow, lui ai-je dit, tout comme un grand nombre d’hommes appuient la lutte pour les droits des femmes. »

Nous avons rencontré Sara Durden, une étudiante en histoire du South Pacific Sound Community College qui envisage transférer à Evergreen. « Il y a du racisme dans la société. Il y a donc une base à ces manifestations, a-t-elle soutenu. Mais tout se passe dans une atmosphère d’hystérie autour du président actuel et des personnes qui ont voté pour lui. Je pense que la plupart des gens qui ont voté pour Trump étaient des gens ordinaires qui en avaient marre. Je pense que nous sommes à un point dans l’histoire où il nous appartient de l’améliorer ou la situation empirera énormément. »

« Je pense que beaucoup de gens voulaient avoir quelqu’un au gouvernement qui était considéré comme hors de la politique, » a soutenu l’amie de Sara Durden, Tiana Ayers, une étudiante en biologie. Ce n’est pas ce qu’ils ont obtenu, et cela n’aide en rien. Durden et Ayers ont rassemblé leurs dollars pour obtenir un abonnement au Militant.

Un étudiant en économie nommé Alec est venu nous voir pour parler. « Je vous ai entendu dire que nous devrions examiner les conséquences pour la classe ouvrière d’une limitation du débat politique. Personne d’autre ne le dit.

« J’ai transféré ici de l’Université du Montana, a-t-il indiqué. Si vous êtes conservateur ici à Evergreen, vous ne voyez souvent pas la nécessité de soulever vos opinions en classe en raison des libéraux qui vous isoleront ou vous dénonceront. »

« Cette discussion ici avec vous est magnifique. Beaucoup de gens sur ce campus n’auront pas cet échange, » a maintenu l’étudiant en psychologie Diego Alexander. Chaque fois que quelqu’un dit quelque chose qui conteste leur croyance, ils vont à leur professeur. Ça devient : « Ils me harcèlent. »

Les membres du parti ont ensuite frappé à la porte de travailleurs à Olympia pour poursuivre la discussion et présenter le SWP. « Les élèves devraient aller plus loin, a soutenu Stacey, une employée de bureau. Mais j’ai lu le courrier électronique de Weinstein et je n’ai pas compris. Je n’ai pas vraiment vu ce qui les a provoqués. Je pense qu’ils sont devenus furieux parce qu’il a abordé la question en dehors de la bulle de Evergreen. Je pense que vous devez être en mesure d’accepter d’autres personnes qui ne pensent pas comme vous. »

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