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Année 80, no 17       le 2 mai 2016

 

« Nous accomplissons un devoir correspondant aux valeurs de la Révolution cubaine »

Un livre qui relate le rôle décisif des internationalistes cubains dans la lutte contre le virus Ebola en Afrique de l’Ouest

 
RÓGER CALERO
La HAVANE — « Je suis allé dans d’autres missions médicales en Afrique et en Amérique centrale, mais ça a été le plus grand défi que j’ai eu dans ma vie, » a déclaré le Dr Jorge Delgado, chef de l’équipe médicale cubaine qui est allé combattre l’épidémie d’Ebola en Sierra Léone à la fin de l’année 2014.

« En Sierra Leone, 70 pour cent de la population est pauvre, le taux d’analphabétisme est de 70 pour cent et elle n’a ni accès à la télévision ni à la radio. Tout cela a facilité les transmissions de cette maladie » a-t-il expliqué

« Quand notre brigade est arrivée, 80 pour cent de ceux qui avaient contracté la maladie en mouraient. Avec les soins que nos collègues ont fournis, le pourcentage est descendu à 29 pour cent. »

Jorge Delgado a pris la parole lors du lancement du livre Zona Roja: La experiencia cubana del ébola [Zone rouge : L’expérience cubaine d’Ebola] qui s’est tenue ici à La Havane le 12 février. L’auteur, Enrique Ubieta, a dirigé une équipe de trois journalistes qui accompagnaient les brigades médicales cubaines en Afrique de l’Ouest pendant plusieurs semaines. Le livre a été publié par la maison d’édition Abril de l’Union des jeunes communistes de Cuba.

Zona Roja dépeint un panorama dramatique du désastre social qui s’est développé en Afrique de l’Ouest en 2014-2015, la réponse cruelle et inadaptée des principales puissances capitalistes, et le rôle décisif de Cuba pour faire reculer l’épidémie. Il donne vie à l’exemple internationaliste de la révolution cubaine. Comme l’a dit l’un des médecins interviewés par Enrique Ubieta : « nous avons simplement rempli un devoir qui correspond aux valeurs morales de la révolution. »

Dans une salle comble, le lancement du livre a été l’un des moments phare de la Foire internationale du livre de La Havane en février. Parmi l’assistance, se trouvaient deux douzaines de membres du contingent de 256 médecins, infirmiers et techniciens médicaux cubains, tous fiers de s’être portés volontaires pour aller combattre l’épidémie mortelle d’Ebola en Guinée, au Libéria et en Sierra Leone d’octobre 2014 jusqu’à mai 2015 Parmi eux, Felix Baez, a été le seul membre du contingent cubain qui a contracté le virus Ebola, et qui est retourné au front après sa guérison.

Carlos Castro et Juan Carlos Dupuy, les chefs des brigades médicales cubaines en Guinée et au Libéria, ont parlé aux côtés de Jorge Delgado pendant l’événement. La présentation principale a été donnée par Abel Prieto, ex ministre de la culture et actuel conseiller du président cubain Raúl Castro. [La traduction en français des extraits des commentaires d’Abel Prieto est en cours et sera diffusée prochainement.]

Citant de nombreuses interviews données par Enrique Ubieta avec les volontaires cubains et des personnes de ces pays, Abel Prieto a présenté un aperçu du récit impressionnant contenu dans le livre.

Il cite un médecin qui explique que les Cubains ont été les premiers qui ont touché leurs malades dans la « zone rouge, là où les personnes dont l’infection par la maladie était confirmée, étaient isolées et soignées. Jusqu’à ce moment-là, le personnel médical des autres pays, comme mesure de sécurité ne touchait pas les Africains qu’ils soignaient, pas même pour les hydrater par voie intraveineuse, une procédure pourtant cruciale pour sauver des vies.

En maintenant les mesures de sécurité les plus strictes, les volontaires cubains ont pris soin des patients et de leurs familles en les traitant comme des êtres humains et comme des égaux, gagnant leur confiance et leur coopération.

« Le livre reflète l’engagement volontaire dans le recrutement pour la mission, ce qui est pour nous un principe fondamental et la réponse importante qu’il y a eu à l’appel pour intégrer les brigades » a indiqué le Dr Dupuy. Peu de temps après avoir reçu une demande d’aide, le gouvernement cubain a fait un appel pour du personnel médical spécialisé. En trois jours, plus de 12 mille médecins, infirmiers et techniciens ont répondu. Parmi ceux-ci, 256 ont été sélectionnés après un entraînement rigoureux.

Les volontaires cubains font partie du Contingent international Henry Reeve, créé à l’initiative du président d’alors Fidel Castro en septembre 2005 pour fournir une assistance médicale aux résidents de la Nouvelle-Orléans après que l’ouragan Katrina a dévasté la côte américaine du golfe du Mexique. Le gouvernement des États-Unis a rejeté l’offre de Cuba d’envoyer 1 500 médecins et a abandonné les travailleurs de la région à leur propre sort.

Un mois plus tard, 2 500 médecins cubains sont allés au Pakistan, où ils ont fourni des soins pour les 1,8 million de personnes touchées par un tremblement de terre qui a dévasté la région montagneuse du nord-ouest du pays. Depuis lors, le Contingent Henry Reeve — qui tire son nom du nord-américain qui s’est porté volontaire dans la guerre cubaine d’indépendance de l’Espagne en 1868 — a continué de fournir de l’assistance à d’autres pays touchés par des catastrophes naturelles et des épidémies, de Haïti au Népal.

Comme l’indique Zona Roja, depuis le début de la révolution en 1959, les médecins volontaires cubains ont fourni une assistance dans le monde entier. Au moment de l’épidémie d’Ebola, les médecins, les infirmiers et les techniciens cubains se trouvaient déjà dans 32 pays africains y compris en Sierra Leone et en Guinée. Cuba s’est également gagné un grand respect en Afrique pour son aide aux luttes de libération nationale en envoyant des combattants volontaires du Congo à la Guinée Bissau jusqu’en Angola.

« Je savais que Cuba n’allait pas nous laisser seuls, » a déclaré le président de la Sierra Leone Ernest Bai Koroma lorsqu’il a été informé de la décision de Cuba d’envoyer des volontaires. « Vous êtes fidèles à vos origines, à vos racines africaines. C’est ce que Fidel vous a enseigné. Dites à [président] Raúl Castro et au peuple de Cuba, que cela nous ne l’oublierons jamais. »

Les valeurs de la révolution socialiste
Malgré les craintes initiales de certains qui craignaient que les bénévoles pourraient introduire Ebola à Cuba à leur retour, l’exemplarité de l’abnégation des internationalistes en Afrique de l’Ouest a été très populaire dans l’île. Des millions de personnes ont suivi de près les nouvelles de leurs expériences.

Cela a été également une expérience qui a permis d’apprendre davantage sur les conditions d’exploitation et de sous-développement engendrées par le capitalisme, et sur les valeurs prolétariennes de solidarité qui sont une pierre angulaire de la révolution socialiste cubaine.

« Cela a été une grande expérience pour les plus jeunes qui n’ont pas encore eu l’occasion de faire partie d’une mission à l’étranger, » a expliqué pendant la présentation, le Dr Castro, chef de la brigade en Guinée. Ils ont pu « comparer les choses que nous avons à Cuba avec celles que ces peuples si pauvres, n’ont malheureusement pas. » Ils ont été témoins de conditions qui « expliquent en grande partie pourquoi cette épidémie a été si féroce. »

Enrique Ubieta a écrit deux autres livres sur la coopération médicale cubaine dans d’autres pays basés sur ses reportages de première main faits en Amérique centrale et à Haïti après les ouragans dans ces pays en 1998, et au Venezuela, où des dizaines de milliers de personnel médical cubains ont fourni leurs services ces 15 dernières années.

« Il y a des personnes qui m’ont demandé pourquoi j’écris sur les médecins cubains » a déclaré Enrique Ubieta à l’assistance lors du lancement du livre. « Je n’écris pas sur les médecins. J’écris sur le cur de la révolution, qui est la solidarité, l’internationalisme. J’écris sur la graine que nous semons à l’extérieur et à l’intérieur de nous-mêmes, parce que chaque fois qu’un groupe de médecins cubains participe à une mission à l’étranger, ils renouent avec eux-mêmes comme révolutionnaires. »

À l’heure actuelle, il y en a qui disent « que les moments épiques de la révolution cubaine sont des choses du passé, » dit Enrique Ubieta, et « que les Cubains nous devrions seulement nous préoccuper de nos problèmes personnels et des formalités habituelles du quotidien, qui sont parfois pénibles. »

Et « tout à coup le clairon sonne le bruit de la bataille quelque part. Il y a une demande comme celle-là que nous avons reçue, et des milliers de médecins et d’infirmières ont surgi qui se portent volontaires pour aller » a déclaré Enrique Ubieta. « Cela montre qu’elles ne sont pas mortes ces forces vives de la solidarité qui existent dans le peuple cubain. »

Philippe Tessier a contribué à cet article.

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