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Année 79, no 4      le 9 février 2015

 
L’antisémitisme engendre des agressions
en Argentine, en Israël et en France

 
SETH GALINSKY
Une série d’attaques ciblant des Juifs en Argentine, en France et en Israël montre qu’à mesure que la crise économique mondiale se développe sans qu’on en voie la fin, le poison de la haine des Juifs continuera d’émerger de l’intérieur de la société de classe capitaliste. Ces attaques mettent en évidence pourquoi les travailleurs doivent soutenir le droit au retour en Israël pour les Juifs et pourquoi la lutte contre la haine des Juifs est cruciale pour construire un mouvement ouvrier révolutionnaire des États-Unis à la Palestine.

La mort d’Alberto Nisman, un procureur qui enquêtait sur l’attentat qui avait tué 85 personnes en 1994 dans un centre communautaire juif à Buenos Aires, a relancé le débat sur l’antisémitisme en Argentine. Deux ans plus tôt, un attentat contre l’ambassade d’Israël avait tué 29 personnes.

La communauté juive d’Argentine, forte de 250 000 membres, est la plus importante d’Amérique latine.

Alberto Nisman avait été nommé en 2004 par le président d’alors, Néstor Kirchner, pour diriger l’enquête. Des dirigeants argentins avaient accusé le gouvernement d’Iran d’avoir planifié l’attaque et le Hezbollah libanais de l’avoir réalisée, mais personne n’a jamais été poursuivi.

En 2013, le gouvernement de l’actuelle présidente d’Argentine, Cristina Fernández, la veuve de Kirchner, a mis en place une « commission vérité » conjointe avec Téhéran, prétendument pour enquêter sur qui était derrière l’attentat. Les dirigeants juifs en Argentine ont été scandalisés par cette décision qu’ils considéraient comme une manúuvre pour enterrer l’affaire.

Alberto Nisman a dit qu’il avait la preuve que cela faisait partie d’un accord secret visant à permettre à Téhéran de se tirer d’affaire en échange d’un accord commercial favorable comprenant du pétrole iranien. Il a été retrouvé mort le 18 janvier d’une balle dans la tête, la veille du jour où il devait témoigner devant le Congrès argentin. Sa mort, y compris le débat quant à savoir s’il s’est suicidé ou pas, a renouvelé l’attention sur l’attentat de 1994 et sur l’antisémitisme en Argentine.

Le gouvernement argentin a donné refuge à des milliers de responsables nazis après la deuxième guerre mondiale — comme l’ont fait les gouvernements du Brésil, du Chili, du Paraguay et de l’Uruguay, mais en moins grand nombre.

Le 19 janvier, 10 touristes israéliens ont été blessés lorsqu’ils ont été attaqués dans une auberge pour randonneurs en Patagonie argentine. Les assaillants, armés de bouteilles cassées, de bâtons et d’un fusil de chasse ont crié : « Vous, Juifs de merde, vous essayez d’occuper la Patagonie, » a déclaré à la presse Yoav Pollac, le propriétaire de l’auberge Onda Azul.

L’attaque en Argentine a eu lieu en même temps que les agressions anti-juives en Europe et en Israël. Les assassinats du 9 janvier de quatre clients du supermarché juif Hyper Cacher à Paris par Amedy Coulibaly, un disciple de l’État islamique, font partie des nombreuses attaques perpétrées par les islamistes.

Les meurtres à l’Hyper Cacher montrent également la possibilité de la solidarité entre les travailleurs juifs et musulmans. Lassan Bathily, travailleur à l’épicerie et musulman né au Mali, a aidé les clients à se cacher dans les chambres froides et les a encouragés à rester calmes après l’attaque de Coulibaly.

Un autre ancien travailleur du supermarché, Mohammed Amine, un immigrant du Maroc qui était un ami de Yohan Cohen, une des personnes tuées, a déclaré à l’Associated Press : « Je suis musulman et il est juif. Mais il y avait un tel respect entre nous. Nous étions comme des frères. Ils ont pris mon meilleur ami. »

De nombreuses attaques antisémites ont été menées sous le couvert du soutien à la lutte palestinienne. Au cours de l’assaut israélien sur Gaza l’été dernier, certains manifestants en France et en Allemagne ont scandé « Mort aux Juifs » et ont attaqué des magasins juifs et des synagogues. Des attaques similaires ont eu lieu en Belgique et au Danemark. Des groupes fascistes et d’extrême-droite ont également propagé le poison antisémite.

Les agressions anti-juives ont provoqué un pic dans le nombre de Juifs partis vivre en Israël, en particulier de France.

Le 21 janvier, Hamza Matrouk, un travailleur palestinien de Cisjordanie, est monté à bord d’un bus à Tel Aviv, en Israël, et a poignardé le conducteur et près d’une douzaine de passagers. Alors que la plupart des médias ont dit que Hamza Matrouk n’était qu’un « loup solitaire, » cette attaque était la dernière en date de celles qui visent des Juifs en Israël et dans les territoires palestiniens. Plusieurs autres ont eu lieu dont le meurtre de quatre fidèles le 18 novembre à la Synagogue B’nai Torah à Jérusalem-Ouest et le meurtre de trois adolescents juifs le 12 juin en Cisjordanie.

Des responsables du Hamas, le groupe réactionnaire islamiste qui gouverne Gaza, a qualifié l’attaque au couteau de Hamza Matrouk, d’« héroïque et courageuse » et de « réponse naturelle aux crimes de l’occupation et de sa terreur contre notre peuple. » Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, n’a pas dit un mot.

Silence et rationalisations de la « gauche »
La quasi-totalité de la « gauche » et des autres groupes radicaux de la classe moyenne ont soit justifié les attaques, soit déclaré qu’ils comprenaient pourquoi elles avaient été menées, soit gardé le silence.

Dans un article de fond du 26 janvier sur le site web du Workers World Party (Parti du monde des travailleurs) un groupe socialiste petit-bourgeois aux États-Unis, Fred Goldstein se plaint de ce que « le terme antisémite soit appliqué de la même manière d’une part au parti pro-nazi en Grèce, Aube dorée, aux antisémites masqués du Front national français et aux Patriotes européens de l’Allemagne contre l’islamisation de l’Occident (Pegida), et d’autre part au Hamas, au Hezbollah et aux individus ou groupes musulmans qui attaquent les Juifs en Europe et aux États-Unis. »

Fred Goldstein dit que le meurtre de Juifs par des Palestiniens et des musulmans sont justifiés parce qu’ils « naissent de la colère » contre les crimes du gouvernement israélien, comme la guerre contre Gaza en 2014 au cours de laquelle plus de 2 000 Palestiniens ont été tués.

En d’autres termes, lorsque des fascistes tuent des Juifs c’est de l’antisémitisme, mais quand des musulmans ou des Palestiniens tuent des Juifs parce qu’ils sont juifs, ce ne sont que des « actes égarés mais compréhensibles, » écrit Fred Goldstein.

Ce point de vue cynique voit les travailleurs palestiniens comme incapables d’organiser des luttes de masse contre l’oppression nationale et l’exploitation de classe, encore moins d’adopter une position morale élevée et de forger un parti révolutionnaire. Ils doivent se contenter d’actes brutaux, mais « compréhensibles », de haine des Juifs.

Un coup porté à la lutte palestinienne
Cela est une impasse pour les luttes des Palestiniens contre la balkanisation de la Palestine, en faveur des emplois pour les chômeurs, pour le droit à la terre et à l’eau, pour le droit de voyager et pour la reconnaissance de la Palestine.

Fred Goldstein poursuit en disant : « l’islamophobie est utilisée comme un outil par la classe dirigeante aujourd’hui, tout comme ils ont utilisé l’antisémitisme dans les années 1930. »

Les ouvriers qui ont une conscience de classe rejettent toute discrimination contre les musulmans et les Arabes et s’opposent à toutes les tentatives pour restreindre l’espace politique et les droits des travailleurs sous prétexte de lutte contre le terrorisme.

Mais l’argument de Fred Goldstein selon lequel les préjugés antimusulmans favorisés par les dirigeants capitalistes sont « une version mise à jour de l’antisémitisme » passe à côté du rôle qu’occupe la haine des Juifs dans l’arsenal des classes possédantes depuis plus d’un siècle. Les Juifs sont présentés comme une petite bande conspiratrice de banquiers et de suceurs de sang responsables de la misère des travailleurs, et la violence contre eux est encouragée pour détourner les ouvriers de la lutte pour le renversement du capitalisme et la mise en place d’un gouvernement des travailleurs.

Dans un monde de crise capitaliste telle que celle qui a commencé à se dérouler aujourd’hui et celle qui avait marqué la période précédant la deuxième guerre mondiale, la haine des Juifs relèvera de plus en plus sa tête hideuse. Une résolution adoptée en 1938 par le Parti socialiste des travailleurs explique pourquoi les Juifs, une infime minorité dans le monde, « constituent un bouc émissaire facile contre lequel la grande bourgeoisie peut détourner la dangereuse colère accumulée des éléments arriérés parmi les masses et en particulier parmi les classes moyennes désespérées. »

Les récentes attaques contre les Juifs soulignent la nécessité pour les travailleurs révolutionnaires ou qui ont une conscience de classe aux États-Unis, en Palestine et partout dans le monde, de défendre le droit au retour des Juifs en Israël et de lutter pour obliger leur propre gouvernement à les accueillir s’ils choisissent de s’y réfugier. La lutte contre la haine des Juifs est une bataille-clé pour la classe ouvrière dans le monde entier.

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